Internet hier, le Smartphone et les médias sociaux aujourd’hui participent tous à un double mouvement. Ces technologies viennent à la fois renforcer la manière dont chacun peut s’inscrire toujours plus dans un monde globalisé, tout en poussant l’individualisation de l’expérience au monde.

  • Globalisation : chacun peut fabriquer et se connecter à des communautés réelles ou virtuelles qui lui conviennent. Rien n’empêche d’échanger avec ses voisins et ses amis et de rester en contact en ligne. Rien n’empêche non plus d’y ajouter la possibilité d’intégrer un réseau  professionnel international virtuel pour échanger expériences et compétences. Odesk ou Thingiverse sont des exemples intéressants.
  • Individualisation : chacun peut désormais accéder au savoir, consommer l’information comme il le désire. Comme le montre le sociologue Jean-Louis Missika ; fini le temps du « film du dimanche soir » regardé par tous les Français sur les deux chaînes télévisées nationales. Chacun choisi ses programmes, selon son heure et ses besoins sur des médias interactifs.

Ces exemples sont anecdotiques, mais illustrent plus fondamentalement les mutations sociétales qui sont en train de s’opérer. Les technologies transforment notre expérience individuelle au monde. Cela met au défi les décideurs économiques et politiques de s’adapter.

Un collectif social en pleine mutation

Clay Shisky remarquait « quand on change notre moyen de communiquer entre nous, on change la société dans laquelle on vit ». Pour Marina Gorbis, Institute for the Future, intervenante à la Conférence BSR 2013, notre monde opère une évolution depuis une logique de société fondée sur des cadres institutionnels, vers ce qu’elle appelle des « créations structurelles sociales », dans lesquelles l’individu bascule d’un cadre organisé autour de sa personne (ses voisins, son milieu professionnel et social, les institutions de son pays), vers un cadre qu’il s’emploie à activement organiser autour de ses besoins (ses centres d’intérêts, ses aspirations personnelles et professionnelles).

Il me semble que cela soulève plusieurs questions :

  • La légitimité du Politique est à l’épreuve. Par exemple, comment conserver le sentiment d’appartenance à un collectif si celui-ci s’établit désormais dans un contexte où les individus peuvent « choisir » les collectifs auxquels ils souhaitent s’associer ?
  • Le « business model » traditionnel des entreprises est également mis à rude épreuve. Par exemple, comment conserver des ventes performantes dans les magasins, si le consommateur vient regarder les produits, se faire conseiller, prendre des photos, pour aller acheter moins cher sur Internet ?
  • Le smartphone transforme le citoyen et le consommateur. Les décideurs économiques et politiques arrivent-ils à suivre ?

Des principes que les décideurs économiques et politiques doivent adopter

Face à cette réalité, Marina Gorbis propose les pistes suivantes en session plénière de la Conférence BSR 2013 :

  • Des données en accès libre : l’information doit être à disposition. Finies par exemple la propriété intellectuelle et la valeur commerciale de l’information.
  • Encourager le débat collectif : les médias sociaux libèrent l’expression des idées et opinions individuelles. Ils défient la légitimité des débats publics institutionnalisés.
  • Faciliter l’appropriation de l’information : l’entreprise et le Politique ont un rôle à jouer dans l’éducation et doivent permettre au citoyen et au consommateur de décrypter l’information à disposition.
  • Permettre à chacun d’agir à son niveau :  le développement des applications sur Smartphone permet progressivement de rendre chacun autonome, capable de décider de toute sorte d’actions à l’échelle individuelle. Par exemple, Obama a lancé un nouveau format de campagnes électorales où un militant peut utiliser son Smartphone pour identifier les personnes de son quartier qu’il doit s’essayer à convaincre en priorité, sur la base de toutes sortes d’informations statistiques locales.

Des questions restent en suspens

Les mutations sociétales en cours sont d’une grande complexité. Or la première révolution industrielle n’a commencé à être comprise et analysée que 150 ans plus tard. Si le train est en marche et que la destination est bien incertaine, le décideur reste toutefois face à son destin :

  • Comment le Politique peut-il définir un mode de gouvernance approprié et préserver la légitimité démocratique dans les nouveaux modèles de « vivre ensemble » qui se dessinent ?
  • Comment le décideur peut-il faire basculer les modèles de création de valeur pour adapter son outil économique aux nouvelles réalités dans lesquelles se dessinent les choix d’avenir de ses clients, ses consommateurs voire l’ensemble des parties prenantes de son écosystème ?