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Trois questions à Peder Michael Pruzan-Jorgensen, vice-président de BSR, sur les tendances internationales de la RSE

AEF Développement Durable | juin 2014

Par Sabrina Dourlens

Diffusion avec l'aimable autorisation d'AEF Développement Durable.

"Je ne pense pas que dans dix ans on qualifiera la directive sur le reporting de grand tournant dans l’histoire de la RSE. Les principes de Ruggie, par exemple, auront un impact plus important", estime Peder Michael Pruzan-Jorgensen, vice-président de BSR, en charge des zones Europe, Moyen-Orient et Afrique. Cette association, qui rassemble 250 multinationales et mène des activités de conseil et des études, a organisé un forum de printemps sur le thème du climat, les 11 et 12 juin 2014 à Paris (lire sur AEF). Expert international de la RSE, Peder Michael Pruzan-Jorgensen répond pour AEF Développement durable à trois questions sur l’évolution de l’appropriation des enjeux sociaux et environnementaux par les entreprises.

AEF : Vous êtes au contact d’une multitude d’entreprises issues de pays très divers, quelle évolution constatez-vous dans leurs relations avec le développement durable ?

Peder Michael Pruzan-Jorgensen : De plus en plus d’entreprises adoptent un programme RSE, et comprennent que les questions sociales et sociétales sont importantes pour leur business model futur. Dans la pratique, des questions comme le changement climatique, la raréfaction des ressources et les inégalités croissantes sont de première importance, il leur faut avoir une stratégie. Il y a une compétition montante pour l’accès aux ressources naturelles de qualité, assez significative dans les marchés émergents. Avec les sécheresses et les inondations, les changements climatiques ont des impacts qui touchent de nombreuses industries et leurs chaînes d’approvisionnement (lire le rapport BSR d’avril 2014 sur les entreprises dans un monde sous contrainte climatique). Une minorité d’entreprises leaders a compris ce qui faisait une entreprise véritablement durable et met en place des systèmes d’économie circulaire. Cette même minorité, la plus avancée, se rend compte de la distance qu’il lui reste à parcourir, alors que les entreprises qui se croient près du but sont en général les plus éloignées.

AEF : Quels sont les sujets montants de la RSE actuellement ?

Peder Michael Pruzan-Jorgensen : Depuis l’adoption des principes de Ruggie (1) en 2011 (lire sur AEF), les droits humains occupent le devant de la scène. Son rapport fournit quelques grandes lignes et outils. Même si le sujet est complexe, cela permet d’avancer avec plus de clarté. Cependant, de nombreuses entreprises continuent d’associer les droits humains avec la torture, et ainsi ne se sentent pas concernées et ne comprennent pas pourquoi elles devraient s’en préoccuper. Alors que des sujets comme l’accès aux données personnelles rentrent dans cette problématique. Certaines entreprises sont par ailleurs confrontées sur le terrain à des gouvernements qui freinent la mise en place de meilleures pratiques.

Parmi les autres sujets très actuels : la durabilité dans la chaîne de fournisseurs, la due diligence (diligence raisonnable, prendre les mesures raisonnables nécessaires pour éviter les risques), et la matérialité (priorité sur les enjeux pertinents pour l’entreprise). Les risques et les opportunités existent chez toutes les entreprises. Les motivations pour les détecter sont différentes : risques de réputation, meilleur accès aux ressources, efficacité de l’entreprise… Cet exercice requiert la collaboration de tous les partenaires de la chaîne d’approvisionnement.

Une autre tendance pour les entreprises précurseures est d’utiliser la durabilité comme créatrice de valeur, soit par une approche "bottom of the pyramid" (2), soit en visant le top de la pyramide pour lui vendre des produits bios.

AEF : Quel impact en Europe de la directive sur le reporting adoptée par le Parlement européen en avril 2014 (lire sur AEF) ?

Peder Michael Pruzan-Jorgensen : Les entreprises commencent vraiment à travailler sur leur stratégie de durabilité une fois qu’elles se mettent au reporting, c’est un élément moteur. Beaucoup le pratiquent avec un niveau d’ambition élevé vu les bénéfices à la clé. Cette directive aura moins d’impact sur les pays comme la France ou le Danemark qui avaient déjà des lois sur le reporting, mais elle aura au moins un effet bénéfique sur les autres. Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre ! Mais ce n’est pas une avancée énorme. Je ne pense pas que dans dix ans on qualifiera la directive de grand tournant dans l’histoire de la RSE. Les principes de Ruggie, par exemple, auront un impact plus important.

De manière générale, les entreprises sont favorables à une régulation donnant de grandes lignes directrices, non prescriptives, afin de pouvoir travailler elles-mêmes sur les solutions.

 

(1) Principes sur les droits de l'homme à respecter dans le monde des affaires, préparés par John Ruggie, professeur à Harvard, et adoptés par les Nations unies.
(2) Cette théorie vise à assurer des services de qualité à un meilleur prix pour les quatre milliards de personnes vivant avec moins de cinq à six dollars par jour dans les pays émergents.

 

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