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Reporting intégré : « La matérialité se définit au sens de l'entreprise, pas des vues de chacun » (Nick Landrot, IIRC)

AEF Développement Durable | octobre 2013

Avec l'aimable autorisation d'AEF Développement Durable

Par Ana Lutzky

Le représentant de l'IIRC (Conseil international sur le reporting intégré) chargé des relations avec les parties prenantes françaises, Nick Landrot, revient sur le sens que les membres de l'organisation s'apprêtent à donner à la « matérialité » relative aux entreprises, dans leur document cadre à paraître en décembre. Il s'exprime mardi 15 octobre 2013, dans le cadre de l'atelier « L'avenir du reporting RSE : reporting intégré et matérialité », organisé par l'association BSR (Business for social responsability), qui rassemble 250 multinationales et mène des activités de conseil et des études. Si selon sa « conviction personnelle », la matérialité de l'entreprise doit s'entendre comme « ce qui est important pour créer de la valeur sur le long terme », « au sens de l'entreprise, pas des vues de chacun », plusieurs participants soulignent le danger d'exclure les parties prenantes.

La « matérialité » est l'un des éléments phares des nouvelles lignes directrices « G4 » de la GRI (Global reporting initiative) (AEF n°16848), une initiative qui a pour objectif de constituer à l'échelle internationale un « cadre commun pour l'élaboration des rapports de développement durable », rappelle en introduction de l'atelier du 15 octobre Guy Morgan, directeur des services du conseil de BSR.

L'IIRC, qui réunit investisseurs, entreprises et acteurs réglementaires (1), va pour sa part publier un cadre de référence « en décembre 2013 pour la langue anglaise, et en janvier 2014 pour la langue française », dans lequel la matérialité devrait être interprétée à l'aune du reporting intégré, c'est-à-dire d'un rapport de gestion d'entreprise réunissant une photographie financière et extrafinancière de son activité, annonce Nick Landrot. « Actuellement, les groupes de travail redéfinissent le concept de matérialité et c'est encore une notion qui n'est pas stabilisée », explique Nick Landrot. « Ce que je vous exprime est une conviction personnelle. La matérialité de l'entreprise, c'est ce qui est important pour créer de la valeur sur le long terme. Ce que j'entends par la création de valeur comprend aussi la destruction de valeur, c'est l'addition des ‘plus' et des ‘moins'. Mais cela concerne ce qui est matériel pour l'entreprise, pas pour les vues de chacun. Ce doit être communément admis par l'ensemble des parties prenantes, néanmoins. »

« GREENPEACE N'AURA PAS LA MÊME IDÉE DE LA CRÉATION DE VALEUR »

Plusieurs participants à l'atelier relèvent que la matérialité peut revêtir un sens différent selon les parties prenantes. « Une entreprise pétrolière aura besoin d'artificialiser des sols pour créer de la valeur, tandis que Greenpeace n'aura pas la même idée de la création de valeur », réagit l'un d'entre eux. « Dans la définition de l'IIRC, la définition de la matérialité joue surtout sur la création de valeur pour celui qui a les six capitaux, pas tellement pour les autres parties prenantes, même si l'inclusion des parties prenantes est considérée nécessaire. C'est une vraie différence avec la GRI », rebondit un autre. Selon l'IIRC, le reporting intégré se base sur « six types de capitaux qui font la valeur de l'entreprise » : les capitaux financier et manufacturier, les capitaux humain et intellectuel, et les capitaux naturel et social (AEF n°16084).

L'IIRC a reçu 359 réponses à la consultation close le 15 juillet dernier sur l'avant-projet de son cadre de référence, « dont beaucoup de réponses collégiales, les entreprises ayant mutualisé dans plusieurs pays leurs points de vue à travers les organisations patronales par exemple », relate Nick Landrot. Parmi les réponses reçues, « 48 % sont issues des émetteurs (les entreprises), et 11 % sont issues des investisseurs ». « Tout n'est pas encore arrêté. Jusqu'où doit-on aller pour définir la matérialité : au fournisseur de rang 1, de rang 2 ? C'est un vrai sujet », réagit-il à une question posée par l'un des participants sur le peu de place occupée par la question des fournisseurs dans l'avant-projet, alors que « 60 % du chiffre d'affaires d'une entreprise dépend souvent des fournisseurs ».

« CADRE DE RÉFÉRENCE COMMUN », PAS UN RÉFÉRENTIEL

« Quand je vois le cadre de référence IIRC, moi ça me fait peur. C'est encore assez fumeux. Pourquoi ne pas rentrer par la porte du Grenelle II pour aller vers le reporting intégré ? », interroge un autre participant. « Le défi du 1er semestre 2014 va être de faire le lien entre l'IIRC et la loi Grenelle II afin que ça ne soit pas un surcoût pour les entreprises » rassure Nick Landrot.

« Il s'agira d'un cadre de référence et non d'un référentiel constitué d'une batterie d'indicateurs : un des grands challenges par la suite sera de choisir les bons indicateurs sectoriels. C'est une histoire qu'on écrit. Le cadre de référence sera stabilisé pour les trois prochaines années », conclut-il.

(1) Cette coalition a été créée en août 2010 sous l'égide de la GRI, de la Fédération internationale des experts-comptables, et de l'Initiative du prince de Galles sur la comptabilité en matière de développement durable (Accounting for sustainability project), pour travailler sur une réforme des rapports financiers des entreprises et l'intégration des informations extrafinancières.


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