BSR logo

Dans les médias

« Pour identifier les risques sur les droits de l'homme, il n'y a pas de recettes magiques » (Total au forum Convergences)

AEF DÉVELOPPEMENT DURABLE | septembre 2017

Par Sabrina Dourlens. Diffusion avec l'aimable autorisation d'AEF Développement Durable.

 

« Le travail sur les droits de l’homme est une démarche de progrès continu. Les risques sont évolutifs car il y a sans cesse des nouvelles parties prenantes et de nouvelles activités liées à des enjeux », rapporte Sophie Pierson, juriste éthique et droits de l’homme à Total. Elle explique que l’entreprise a pris plusieurs années avant de réussir à identifier ses six « risques saillants », lors de la conférence intitulée « Droits humains et entreprises : de l’identification des risques à l’action », organisée lors du forum Convergences le 4 septembre 2017. Société générale a également fait part de sa démarche.

« Nous attendons des entreprises qu’elles exercent leur vigilance, selon les référentiels internationaux. La première étape chronologique permettant l’action est l’identification des risques. C’est un gage d’efficacité du processus de vigilance en interne et de crédibilité en externe », souligne Charlotte Michon, déléguée générale d’EDH (Entreprises pour les droits de l’homme), lors du forum Convergences, début septembre. « Un changement de processus de la gestion de risques est nécessaire : il faut accompagner, former, et sensibiliser les collaborateurs sur les risques relatifs aux droits humains. »

« Les parties prenantes ont un rôle essentiel de poil à gratter"

« La loi sur le devoir de vigilance va pousser les entreprises à accélérer. Nous la prenons comme une opportunité pour faire de la pédagogie en interne », remarque Sylvie Préa, directrice RSE à Société générale. « Nous avons sorti fin 2016 un nouveau code de conduite, lié à nos valeurs, signé par le DG. Traduit en 21 langues, il présente à nos collaborateurs de 60 pays nos standards en matière de droits humains, équité, diversité, non-discrimination et liberté d’expression. Le respect de ces principes est notamment pris en compte dans la rémunération des collaborateurs. » La cartographie des risques et les politiques sectorielles environnementales et sociales du groupe sont également prises en compte lors du choix des fournisseurs.

« Les parties prenantes ont un rôle essentiel de poil à gratter, notamment les partenaires sociaux et les ONG », estime Sylvie Préa. « Le projet du Dakota access pipeline aux États-Unis [projet d’oléoduc situé à moins d’un kilomètre de la réserve des Sioux de Standing Rock, pour lequel l’administration Trump a donné en début d’année le feu vert pour sa construction], qui respectait pourtant les standards internationaux, notamment, les principes de l’Équateur, ont entraîné une telle réaction des ONG que nous avons décidé de refuser de nous-même le projet Transmountain, son cousin au Canada », illustre-t-elle.

6 risques saillants pour Total

« Notre secteur est très exposé aux problématiques de droits de l’homme. Nous les avons pris en compte dans la gestion de nos activités depuis longtemps », témoigne Sophie Pierson, juriste éthique et droits de l’homme à Total. « Pour identifier l’impact sur les droits humains, il n’y a pas de recettes magiques, c’est une démarche de progrès continu. Les risques sont évolutifs car il y a sans cesse des nouvelles parties prenantes et de nouvelles activités liées à des enjeux. Nous avons 950 filiales, nous sommes présents dans 130 pays, avec 100 000 collaborateurs et 150 000 fournisseurs : cela donne une idée des enjeux et du périmètre à couvrir… »

Elle explique comment le groupe a commencé au début des années 2000 à réaliser des évaluations éthiques pour savoir comment le code de conduite était utilisé. En 2006, Total a lancé un grand partenariat avec le Danish Institute pour identifier les enjeux de droits humains. En 2013, une feuille de route a permis une identification plus précise. « Pour y parvenir, nous avons organisé des ateliers avec la direction et les filiales, mais aussi avec des 'critical friends', notamment des ONG pour nous challenger », poursuit la juriste.

« Au sein de l’Ipieca (association mondiale de l’industrie pétrolière et gazière pour les sujets environnementaux et sociétaux), nous avons identifié trois thèmes de risques : les droits de l’homme au travail (y compris dans la chaîne), l’impact sur les communautés, droits de l’homme et sûreté (dans le cas de recours à des forces armées publiques ou privées). Pour Total, nous avons réussi à déterminer six risques saillants, entrant dans ces trois champs : le travail forcé et travail des enfants, les discriminations, les conditions et la sécurité au travail, l’accès à la terre pour les communautés, le droit à la santé et à un niveau de vie correct, l’usage disproportionné de la force. »

L’Europe est classée dans « risque moyen"

La société Verisk Maplecroft identifie et note le niveau de droits de l’homme dans 198 pays. « Nous remettons régulièrement à jour notre indice sur le travail forcé et le travail des enfants. Les entreprises peuvent les utiliser pour évaluer les risques dans tous les pays où elles ont des bureaux ou des fournisseurs », explique Liudmila Chambers, consultante à Verisk Maplecroft. "Dans les chaînes d’approvisionnement, les risques de travail forcé les plus élevés se trouvent en Thaïlande dans la production de crevettes et en Malaisie dans le secteur électronique et le risque de travail des enfants est le plus fort au Ghana dans la production de cacao. Nous avons une cartographie du risque d’esclavage dans le monde allant du plus faible au plus élevé. »

« On constate que l’Europe est dans le jaune, avec un risque moyen dû à la crise des réfugiés et travailleurs migrants. Ce sont des phénomènes clandestins, et donc difficiles à détecter. Cela ne peut pas être le même thermomètre à appliquer dans tous les pays. Il faut regarder l’exhaustivité de la loi, l’effectivité de sa mise en œuvre, la gravité des violations… Cela permet de donner des conseils personnalisés aux entreprises comme celui d’augmenter les audits dans les pays où il manque des inspecteurs du travail », avance la consultante.

« La problématique des agences d’intérim est fondamentale"

Farid Baddache, directeur du réseau d’expertise BSR Europe, conseille d’évaluer « à quel point il est rentable ou non de s’ancrer dans un territoire en se projetant à long terme avec l’aide d’études d’impacts sociaux, économiques, environnementaux et droits de l’homme ». Il recommande également de « remettre à jour régulièrement ses connaissances des acteurs de terrain et des risques qui évoluent sans cesse ». « Prendre une photo sur le moment ne suffit pas. »

Pour Martine Combemale, directrice de RHSF (Ressources humaines sans frontières), « la problématique des agences d’intérim est fondamentale ». « Dans de nombreux pays, ce sont elles qui vont fournir la main-d’œuvre non qualifiée, mais ensuite il faut les payer. En moyenne, les travailleurs leur doivent 1 à 3 ans de salaire. Là commence le travail forcé. Lorsque vous identifiez les risques, s’il y a des travailleurs migrants et une agence d’intérim dans les paramètres, alors vous avez toutes les chances de trouver du travail forcé. Il faut d’ailleurs poser la question dans ce sens aux auditeurs : pourquoi n’en trouvent-ils pas ? »


Back to the News List AEF DÉVELOPPEMENT DURABLE  

Contact Presse

Europe, Moyen-orient, et Afrique

Cécile Gerondeau
Associate, Communications
+33 7 63 99 32 51
media@bsr.org


Amérique du nord et du sud et Asie

Elisabeth Best
Manager, Communications
+1 415 984 3215
media@bsr.org