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Comment mener une analyse de matérialité utile à sa stratégie ? (atelier BSR)

AEF Développement Durable | décembre 2013

Avec l'aimable autorisation d'AEF Développement Durable

Par Sabrina Dourlens

« Une approche de matérialité permet à l'entreprise d'identifier ses priorités RSE, pertinentes à la fois pour la performance de l'entreprise et la satisfaction de ses parties prenantes. C'est un processus important pour la stratégie, qui ne doit pas seulement satisfaire les besoins du reporting », affirme BSR (Business for social responsability). Lors d'un atelier « Stratégie RSE, matérialité et intégration », organisé jeudi 5 décembre 2013, l'association de conseil a donné des pistes pour mener cet exercice de matérialité de plus en plus demandé aux entreprises, et Didier Terrolle, vice-président associé « excellence en RSE » de Sanofi partage son retour d'expérience en la matière.

« Le terme de matérialité est devenu assez flou avec le temps, même en anglais. Les nuances entre les définitions, de la GRI (Global reporting initiative) ou de l'IIRC (Conseil international sur le reporting intégré) par exemple, sont assez importantes », remarque Guy Morgan, directeur des services du conseil de BSR. Les nouveaux cadres de reporting, tels le G4 de la GRI (AEF n°18348), le reporting intégré de l'IIRC (AEF n°18409), ou encore le projet de directive européenne (AEF n°18456), demandent aux entreprises d'établir leur matérialité, et de se concentrer sur leurs enjeux pertinents.

LARGE REPRÉSENTATION DES PARTIES PRENANTES

BSR met en garde contre quelques « pièges les plus courants » d'une étude de matérialité, comme la confusion entre les enjeux (par exemple, les émissions de gaz à effet de serre) et les solutions (par exemple, l'analyse du cycle de vie du produit), ou l'absence de la dimension temporelle.

Le processus de matérialité selon BSR est divisé en cinq étapes : évaluation des objectifs, élaboration des critères d'évaluation, pondération des facteurs, définition de la liste d'enjeux, évaluation de l'importance des enjeux.

« L'évaluation de chaque enjeu s'effectue en recueillant le témoignage des parties prenantes. » L'association conseille d'avoir une large représentation des parties prenantes grâce à un outil de cartographie. Elle recommande de mettre sur un axe multidimensionnel en abscisse l'influence de l'enjeu sur la réussite de l'entreprise et en ordonnée l'importance de l'enjeu pour le développement durable. « L'évaluation de la matérialité n'est qu'un début, il faut s'en servir pour mettre des priorités sur les sujets en établissant un niveau d'ambition pour chaque thème : conformité, efficacité, leadership. »

ANALYSE À MOYEN TERME TOUS LES TROIS ANS

Didier Terrolle fait part de l'expérience de Sanofi, dont l'équipe « excellence en RSE » vient de conduire à nouveau un exercice de matérialité en 2013, avec l'aide de BSR. « La stratégie RSE ne peut pas être définie sans analyse de matérialité. Nous avons commencé par identifier une cinquantaine d'enjeux RSE. ONG, syndicats, investisseurs, patients, chacun y voit une importance en fonction de sa sensibilité. À vouloir tout faire, on s'épuise. Nous avons choisi de nous concentrer sur cinq à dix enjeux, tout en continuant à couvrir les autres. Les investisseurs et les agences de notations le comprennent mais c'est très difficile à expliquer en interne. En 2010, de ces 50 enjeux, nous avons mis en valeur 12 priorités dans une feuille de route sur trois ans. Mais nous nous sommes aperçus que c'était encore beaucoup trop. » 

« Chaque année, nous faisons une réévaluation des enjeux émergents car ce sont des signaux importants. L'outil de BSR permet de capter les enjeux qui sont en forte progression, pour lesquels il ne faut pas attendre pour les traiter. Il s'agit pour nous notamment de s'occuper des produits pharmaceutiques dans l'environnement. Puis tous les trois ans, nous refaisons l'analyse de matérialité en profondeur. Nous avons choisi une approche à moyen terme car les enjeux évoluent constamment. Nous avons encouragé nos filiales à faire des analyses locales de matérialité », explique Didier Terrolle.

« LE REPORTING 2014 SE FERA SUR SIX ENJEUX MAJEURS »

« En 2013, nous avons suivi plusieurs étapes pour réviser notre matérialité. Il faut d'abord définir les cibles à interviewer. En interne, nous avons choisi 27 personnes qui rapportent au comité exécutif. En externe, une cartographie est obligatoire pour cibler ses parties prenantes et capter les signaux au niveau mondial. La matérialité est un exercice de dialogue avec les parties prenantes externes, mais cela a été difficile d'expliquer aux filiales en quoi cela consistait. Notre réseau RSE composé de 40 correspondants dans différents pays où Sanofi a des activités a été utile. Une liste de 300 personnes a été identifiée, 69 ont accepté de répondre (fournisseurs, société civile, organisations d'employés, scientifiques, agences réglementaires, associations de patients, investisseurs, journalistes…). Certains ont refusé car il n'ont pas compris l'exercice, d'autres se sentaient instrumentalisés. Il y a besoin d'éduquer les parties prenantes externes avant de s'embarquer dans le processus », constate-t-il.

« Les enjeux les plus matériels pour les patients sont l'accès au soin, la sécurité des patients et l'éthique, notamment dans le cadre de la R&D. On constate un alignement important des parties prenantes internes et externes, ce qui est un bon signe », rapporte Didier Terrolle. « Notre surprise a été de voir que tous les enjeux environnementaux sont classés en moins importants. La réduction des émissions de CO2 qui figurait dans nos priorités n'a pas été jugée matérielle ni par la direction ni par les parties prenantes. Il faut alors expliquer à la direction du développement durable que l'on ne va pas laisser tomber le sujet mais que l'on va mettre l'accent sur l'accès au soin. »

Six thèmes sont finalement ressortis, répartis dans quatre thématiques : « patient, ethic, people, planet ». « Le reporting de 2014 ne se fera que sur ces enjeux. La communication de l'entreprise ne sera elle axée que sur l'accès au soin car c'est le seul qui nous différencie de nos concurrents », précise le vice-président associé.


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