Malgré la place prépondérante qu’occupe l’Italie dans les chaines d’approvisionnement du secteur du luxe, et la part importante que représentent les femmes dans les effectifs de ce secteur, on connait mal les inégalités rencontrées par les femmes qui font la réputation du « Made in Italy ». Kering et sa famille de marques italiennes (Bottega Veneta, Gucci, Kering Eyewear et Pomellato) ont lancé un partenariat avec BSR, afin d’étudier la situation des femmes dans leur chaine d’approvisionnement en Italie et afin d’identifier les opportunités de réduction des inégalités entre les sexes dans le pays. Cette recherche a mis en lumière les défis importants rencontrés par les travailleuses et a identifié des opportunités claires permettant au secteur du luxe de montrer l’exemple en termes d’inclusivité, dans sa chaine d’approvisionnement en Italie.

Le Défi

L’Italie représente 87,8 pourcents de la chaine d’approvisionnement internationale du Groupe Kering, un des acteurs les plus importants du secteur du luxe. La chaine d’approvisionnement italienne est principalement composée de PME (Petites et Moyennes Entreprises) : il s’agit d’entreprises hautement spécialisées mais en grande partie artisanales, généralement des sociétés familiales employant moins de 50 personnes en moyenne. Les analyses de BSR suggèrent que la majorité de ces employés sont des femmes : 63 pourcents des effectifs des 189 fournisseurs participant aux projets étaient féminins.

Kering est engagé en faveur de l’égalité entre les sexes : en 2019, Thomson Reuters l’a classé 10ème sur 7000 sociétés internationales dans son classement Égalité & Diversité. L’entreprise ambitionne d’atteindre la parité et de mettre fin aux inégalités de revenus entre hommes et femmes à tous les niveaux du Groupe d’ici 2025. Dans le cadre de ces efforts, Kering a collaboré avec BSR pour étudier les difficultés peu visibles freinant l’émancipation économique des femmes en Italie et pour comprendre comment les entreprises du luxe peuvent y remédier. L’Italie est classée 76ème dans le Classement relatif aux Inégalités de Revenus entre Hommes et Femmes du Forum Économique Mondial 2020, soulignant le problème majeur que représentent encore les disparités économiques entre les sexes dans le pays.

Notre Stratégie

Nous nous sommes alliés à Wise Growth, une société de conseil italienne, afin de procéder à un ensemble d’analyses et de collectes de données. Ensemble, nous avons passé en revue les politiques et les pratiques de 189 fournisseurs en matière d’égalités des sexes, ainsi que les opinions et les expériences de 880 travailleurs (620 femmes et 260 hommes) sur l’ensemble des chaines d’approvisionnement des marques de la famille Kering : Bottega Veneta, Gucci, Kering Eyewear et Pomellato. Nous avons collecté des données ventilées selon les sexes et nous sommes entretenus tant avec la direction des fournisseurs qu’avec les employés, notamment via des discussions avec les travailleuses.

Grâce à l’analyse des conclusions tirées, nous avons également identifié des initiatives et des partenaires potentiels pour mettre en place des programmes qui permettront de réduire les disparités entre les sexes dans la chaine d’approvisionnement du secteur du luxe en Italie.

Nos Résultats et leur Impact

Notre stratégie solide, alliant mobilisation des fournisseurs et recherches sur le terrain a permis d’analyser l’ensemble de données le plus important à ce jour sur un sujet jusqu’alors négligé. Nous conclusions sont les suivantes :

  • Les femmes n’ont pas accès aux mêmes conditions de travail et aux mêmes opportunités économiques que les hommes : elles représentent 63% des effectifs du secteur, mais seulement 25% des postes de direction. Elles occupent principalement les postes qui leur sont traditionnellement réservés en tant qu’ouvrières dans les usines.
  • Les femmes occupent rarement des postes de direction et disposent d’options limitées en matière de développement professionnel : il est particulièrement difficile de briser le plafond de verre, et 59% des femmes estiment avoir été victimes de discrimination sur le marché du travail.
  • Les conséquences des responsabilités familiales entravent l’égalité des sexes : la maternité, en particulier, est perçue comme un fardeau par 39% des femmes, qui ont peur d’en subir les conséquences lorsqu’elles reprennent leur emploi. L’impact se fait plus largement sur le développement professionnel et sur le fait même d’obtenir et de conserver un emploi. En plus de cela, il est rare que les responsabilités parentales soient partagées : 69% des femmes assument les responsabilités domestiques et familiales de leur foyer, ce qui influe sur l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée.

Suite à notre analyse, nous avons travaillé avec Kering pour élaborer une série de recommandations pouvant être adoptées par l’ensemble des marques s’approvisionnant en Italie et par leurs fournisseurs, en utilisant notre cadre Act/Enable/Influence (Agir/Habiliter/Influencer). Les recommandations adressées aux marques incluent la collecte et le contrôle de données ventilées selon les sexes, la prise en compte d’une dimension relative aux inégalités entre les sexes dans les codes de conduite des fournisseurs, l’intégration de mesures incitatives dans les pratiques d’achat des fournisseurs et l’engagement en faveur de la suppression des stéréotypes liés au genre dans les campagnes publicitaires.

Suite à ces recherches et aux recommandations présentées dans notre rapport, Kering et les quatre marques de sa famille se sont engagés à prendre des mesures pour aider à lutter contre les disparités entre les sexes, grâce à l’engagement des fournisseurs et à la collaboration avec les acteurs concernés. Grâce à notre collaboration avec la Camera Nazionale della Moda Italiana (une organisation à but non-lucratif qui règlemente, coordonne et encourage le développement de la mode italienne), Kering a également pu largement diffuser les résultats de son étude afin que le secteur entier puisse exploiter ses conclusions.

Pour Kering, ce projet vient prolonger notre engagement à soutenir les talents féminins dans nos chaines d’approvisionnement. Nous sommes fermement convaincus que cela permet de créer un impact social positif tout en étant bénéfique pour les activités commerciales. Ce projet a impliqué la participation et la coordination de nombreux acteurs : grâce à son expérience dans ce domaine et à son excellente connaissance du secteur local, BSR était notre partenaire idéal.

Enseignements Tirés

  • Des inégalités de sexe existent même dans les chaines d’approvisionnement des pays relativement riches et développés (où cela peut être caché par des statistiques globales positives). Pour y remédier, il convient de procéder à une analyse approfondie de la situation. Et pour cela, il est nécessaire de collecter des données ventilées selon les sexes, indispensables aux entreprises pour identifier les problèmes affectant spécifiquement les hommes ou les femmes.
  • Il convient d’adapter les stratégies de mobilisation et les attentes au contexte local et aux réalités des petites et moyennes entreprises. Il est important de comprendre les contraintes des fournisseurs en termes de ressources et de capacité (comme par exemple les limites relatives aux effectifs, aux revenus, à l’expertise, aux informations et aux délais). Il faut également saisir comment ces contraintes affectent la capacité des fournisseurs à adopter des bonnes pratiques et des stratégies centrées sur l’accès à la formation et aux ressources locales.
  • Lorsque des inégalités de genre sont observées, les entreprises doivent impérativement évaluer toutes les possibilités d’intervention qui s’offrent à elles. Ainsi, elles peuvent agir sur leurs propres opérations, collaborer avec leurs fournisseurs et actionnaires, ou encore influer sur les stéréotypes et les pressions sociales relatives au genre. Une stratégie globale en matière d’inégalité des genres inclura ces trois éléments.