Qui doit agir en premier : les individus en changeant leur mode de vie et leurs tendances de consommation, ou bien les entreprises en développant des produits et des services à faible empreinte carbone ?

Les entreprises et les gouvernements doivent agir en premier. Ils doivent montrer qu’ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir avant de demander aux personnes de contribuer à l’effort.

Nous constatons que 10% de nos consommateurs consomment « vert »  et participeront activement, que 20% de nos clients ne s’intéresseront jamais à cette question et que 70%  d’entre eux se situent entre les deux et nous demandent d’ouvrir la voie. Pour ce dernier groupe, il nous incombe de réduire l’empreinte carbone de nos activités, de nos chaînes logistiques et de nos produits. Ils n’ont aucune envie que nous leur fassions la leçon et ne souhaitent pas modifier leur mode de vie de manière drastique. Ils disent : « Une fois que les entreprises et les gouvernements tout-puissants auront fait tout ce qui est en leur pouvoir, alors ils pourront venir me demander de changer ma manière de vivre ».

Chez Marks & Spencer, comment parlez-vous de mode de vie à faible empreinte carbone à vos clients ?

Lorsque vous demandez à vos clients de s’impliquer, vous devez les amener à prendre des mesures qui sont pertinentes dans leur vie quotidienne. Certains des problèmes générés par l’étiquetage carbone étaient liés au fait que les clients y voyaient un moyen pour les entreprises de faire peser la responsabilité sur eux.

Le recyclage est la principale manière pour les gens de réduire l’empreinte carbone des vêtements. Notre initiative Schwopping a été une réussite. En effet, les consommateurs nous ont dit que cette idée était pertinente pour eux, qu’elle avait du sens concernant leur relation avec Marks & Spencer et que nous en avions fait une initiative simple et stimulante.

Nous réfléchissons également à la normalisation et au langage. Par exemple, nous savons qu’un mode de vie à faible empreinte carbone nécessite de réduire sa consommation de viande. Mais à l’heure actuelle, demander aux gens de renoncer à la viande est trop compliqué. Il est possible qu’au cours des 5 à 10 prochaines années, le concept d’un régime pauvre en viande trouve un écho auprès des gens. Aujourd’hui toutefois, il doit être évoqué dans le cadre d’alternatives vraiment délicieuses. Nous ne pouvons pas nous adresser aux consommateurs en évoquant des interdits ou des interruptions. Nous devons parler de produits alimentaires recherchés et délicieux, qui sont également végétariens.

Le récent rapport du GIEC sur l’évolution du climat est extrêmement préoccupant et appelle des changements urgents. Demander aux consommateurs de mettre en œuvre ce type de changements progressifs est-il suffisant ?

En fin de compte, les solutions sont liées à un système entier caractérisé par des économies d’énergie, nécessitant des milliards de dollars d’investissement en termes d’infrastructure. Les consommateurs peuvent-ils s’impliquer de manière pertinente dans ce domaine ? Non, ils ne le peuvent pas. Il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de ces changements progressifs, à part peut-être voter pour les bonnes politiques, ce que chaque individu peut faire. Les changements vraiment importants viendront des entreprises et des gouvernements.

Que faites-vous personnellement pour adopter un mode de vie à faible empreinte carbone ?

J’ai un mode de vie à faible empreinte carbone qui est raisonnable pour la plupart des consommateurs. Je suis un consommateur « vert » s’inscrivant dans le courant dominant. Je prends le train pour aller au travail. Nous recyclons autant que nous le pouvons. Nous minimisons nos déchets alimentaires. Nous ne prenons pas l’avion pour partir en vacances (je ne peux toutefois pas affirmer que cela n’arrivera pas à l’avenir). Nous modernisons notre maison pour la rendre plus efficace d’un point de vue énergétique, en ajoutant notamment des panneaux solaires sur le toit.

Je fais ce que l’on peut raisonnablement attendre de tout consommateur : réduire les transports, faire attention à ce que l’on mange et ne pas gaspiller.