En 1940, Winston Churchill s’est adressé au Parlement britannique suite au retrait des forces alliées françaises. Résistant à la tentation d’opérer à l’autopsie des défaillances des efforts de guerre, il a déclaré : « Si nous suscitons une querelle entre le présent et le passé, nous allons finir par perdre l’avenir. » Les mots de Churchill ont résonné en moi cette semaine alors que j’examinais le dernier rapport d'évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)  sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité relatifs au changement climatique.

Le titre du rapport précise que les impacts du changement climatique s’annoncent « graves, généralisés et irréversibles ». Il faut citer parmi les impacts graves l’intensité et la fréquence accrues des épisodes météorologiques extrêmes, le changement dramatique dans la distribution et la sécurité de l’eau, le réchauffement et l’acidification des océans, l’élévation du niveau de la mer et bien sûr, les changements et fluctuations des températures. Il faut s’attendre à des répercussions profondes sur les systèmes socio-écologiques, les géographies et les secteurs d’activité. Nous pouvons déjà observer les conséquences durables, voire irréversibles, du changement climatique sur les ressources de subsistance, les systèmes alimentaires, la santé et les droits humains et retracer les répercussions sur la biodiversité et les écosystèmes. Et comme le souligne le rapport, les risques s’accumulent dans chaque secteur.

Durant ma lecture, j'éprouvais un sentiment de déjà vu et de regret. Je me souviens encore très bien des rapports d'évaluation de 2007 du GIEC, de leurs arguments convaincants plaidant urgence et ambition, ainsi que des sept années de promesses non tenues et de rendez-vous manqués qui ont suivies. Il est facile de montrer du doigt. Mais à l’instar de la citation de Churchill, nous nous porterions mieux si nous nous attachions à sauver l’avenir.

Le rapport du GIEC appelle à un regain d’investissements dans l’innovation et à des actions audacieuses de tous les acteurs, notamment les entreprises. Alors quelle direction devons-nous prendre? À mon sens, nous pouvons tirer trois enseignements du rapport du GIEC et ces enseignements requièrent notre attention immédiate.

  • Les entreprises doivent bien comprendre et intégrer les risques climatiques dans les pratiques opérationnelles et les relations avec les communautés locales. Il est clair que le changement climatique a une importance cruciale pour les chaînes d’approvisionnement, l’accès aux matières premières, le bien-être des travailleurs et la distribution mondiale des biens et services. Il est aussi clair que prendre des mesures à l’égard du climat aura des implications sur l’énergie et l’utilisation des terres. Nous ne pouvons pas continuer à ignorer ce risque. Les entreprises, quelle que soit leur situation géographique et leur secteur d’activité, commencent à le comprendre. D’autres entreprises doivent suivre et beaucoup reste à faire.
  • Les entreprises doivent comprendre que la résilience climatique exige une double approche combinant les réductions intensives des émissions et une capacité d’adaptation accrue. Comme le montre le rapport du GIEC, on peut faire beaucoup pour gérer les conséquences désormais inévitables du changement climatique. Nous pouvons développer des infrastructures adaptées, améliorer les techniques de gestion de l’eau et investir dans la recherche et le développement en faveur des cultures résistantes à la sécheresse, lutter contre les vecteurs de maladies liés au changement climatique et investir dans la réduction des risques de catastrophes naturelles. Cependant, le rapport montre aussi que la capacité d’adaptation devient impossible au-delà de certaines augmentations des températures. Par conséquent, nous devons éviter que les impacts du changement climatique deviennent ingérables en faisant en sorte que ces seuils ne soient pas franchis. Les stratégies clés incluent la réduction des déchets, l’amélioration de l’utilisation des terres, l’amélioration du rendement énergétique et l’accélération de la transition vers des sources énergétiques à faible empreinte carbone.
  • L’ensemble des mesures que les entreprises et autres acteurs peuvent prendre sont réalisables et censées, même au cours d’une décennie forte en contraintes économiques. Nul besoin d’attendre une avancée technologique miracle, parce qu’il n’y en a pas. Comme le rapport Ecofys l’indique, il est technologiquement et économiquement faisable de réduire les émissions à zéro, pour environ 90 pourcent des sources actuelles d’émissions de gaz à effet de serre, en utilisant des options technologiques existantes ou actuellement en cours de développement. De plus, les mesures que nous devons prendre sont non seulement compatibles avec les mesures de protection du climat, mais aussi avec un accroissement de l’efficacité et de la rentabilité des entreprises.

BSR a récemment développé une nouvelle initiative en faveur du climat, Les entreprises dans un monde sous contrainte climatique. Cette initiative vise à aider les entreprises mondiales à stabiliser le climat au moyen de « leviers de résilience » que BSR développera pour huit secteurs d’activités pour réduire les émissions et investir dans des stratégies d’adaptation.

Notre premier rapport a été publié en avril. Nous pensons qu’une collaboration intersectorielle est essentielle au succès de cette stratégie. Ainsi, au cours des prochains mois, nous consulterons nos membres, d’autres réseaux d’entreprises et la communauté élargie des experts en matière climatique afin de définir les grandes lignes ce que nous pouvons faire ensemble afin d’« éviter l’ingérable et de gérer l’inévitable ».

Nous activerons aussi notre réseau par l’entremise du BSR Spring Forum à Paris les 11 et 12 juin. Des leaders d’entreprises, de la société civile, des organisations internationales et du gouvernement, notamment Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du GIEC, se joindront à nous pour impulser un leadership ambitieux des entreprises dans le domaine climatique.

Alors que les États-Unis entraient dans la Seconde Guerre mondiale, Churchill a déclaré sèchement que « Les États-Unis font invariablement ce qu’il faut faire, après avoir épuisé toutes les autres possibilités ». Au cours des années qui ont suivi l’année 2007, nous avons exploré de nombreuses solutions climatiques : certains ont essayé de nier la science, d’autres ont déclaré qu’il serait trop onéreux d’agir ou que cela serait irréalisable en l’absence d’innovation technologique et un groupe très actif a même argumenté que nous pourrions gérer le changement climatique en nous adaptant. Le rapport du GIEC ne nous laisse aucun doute sur le fait que ces diverses approches ont été épuisées pour céder la place à un défi qui laissera son empreinte sur cette génération. Il est maintenant temps que nous agissions et poursuivions un objectif de résilience au climat avec urgence et ambition.

Plus d’information sur les sessions, les intervenants et le lieu sont disponibles sur le site internet dédié à l’événement: http://paris14.bsr.org/. Suivez aussi la conversation sur Twitter (#BSRParis14).