Comme à chaque fois que je contemple le calendrier d’une année qui vient de s’achever, je me demande si les grandes rencontres et conférences annuelles qui ont été tenues resteront plus qu’une simple date dans un agenda.

2015 pourra bien être l’exception : ce fût une année particulièrement marquante pour le développement durable, et couronnée par le succès de l’Accord de Paris sur le Climat et la preuve que la croissance économique et l’augmentation des émissions de carbone ne vont plus de pair. Les Objectifs de Développement Durable (ODD) commencent déjà à démontrer leur influence sur les entreprises, les gouvernements ainsi que les acteurs de la société civile dans l’accélération des progrès pour éradiquer la pauvreté. D’autre part, le Pape François a conféré son autorité morale pour encourager les efforts en faveur d’un développement durable des sociétés, et la collaboration entre les Etats-Unis et la Chine a permis de désarmer les opposants nationaux et internationaux hostiles à l’action pour le climat. On pourra se souvenir de 2015 comme un moment où les choses ont réellement changé, pour le meilleur.

Et pourtant, le sort de la promesse de 2015 dépendra pour beaucoup des actions qui suivront pour transformer, sur le long terme, ces ambitions en réalité. Voici quatre axes qu’il faudra prendre en compte pour réaliser des progrès encore plus grands – et plus concrets – pendant, et au-delà de, l’année 2016.

Eviter l’effet « lendemain de fête »

Nous vivons dans un monde où l’attention est de courte durée. Après une telle année, le risque que l’intérêt des entreprises, des politiques et de la société civile se tournent vers d’autres sujets est latent. Certes, la COP22 ne connaîtra évidemment pas le même rayonnement que la COP21 et les ODD ne seront pas mesurés avant 2030 ; mais s’accorder, instinctivement, un moment de répit nous voue à l’échec. En matière de climat, le coût à payer pour éviter des dégâts irréversibles augmente chaque jour. Certes, l’élaboration d’un cadre d’action passe par la mise en place d’objectifs tels que ceux qui ont été établis en 2015, mais ce n’est qu’un début. Il faut traduire en action les différents engagements que les entreprises ont pris en 2015 et cela équivaut à s’assurer qu’ils soient soutenus par une gouvernance sans faille, une capacité d’innovation en matière de développement durable, des solutions pour la stabilité de leur chaîne de valeur, l’application de politiques et la mesure des progrès. Un des engagements les plus importants de l’Accord de Paris était de mesurer les progrès sur des cycles de cinq ans. Les entreprises doivent appliquer ce même principe au sein de leur organisation pour garantir une progression vers, et au-delà, des engagements pris.

Dans une ère de bouleversement, résister ne sert à rien ; il faut plutôt accepter de changer

D’après nos travaux avec nos entreprises membres en 2015, nous sommes indéniablement entrés dans une ère d’importants changements. Les entreprises font actuellement face à des périodes de perturbations inhabituelles, voire sans précédent. L’envie irrépressible de protéger des activités existantes est naturelle, mais elle est aussi vouée à l’échec. Un des meilleurs exemples est certainement celui du secteur des services publics qui est aujourd’hui confronté à des changements existentiels et essaye de s’y adapter avec des résultats inégaux. Les entreprises qui réussiront à émerger de la déferlante des changements technologiques, culturels, économiques et environnementaux sont celles qui auront su se réinventer ou construire de nouveaux business modèles pour prendre ces changements à bras le corps, plutôt que de les éviter. Et le développement durable est au cœur de ces efforts : les entreprises qui distinguent ressources naturelles et valeur ajoutée, qui innovent en matière d’adaptation climatique, et qui répondent aux besoins essentiels des nouveaux consommateurs issus du bas de la pyramide, seront les grands vainqueurs en 2025.

Prendre les inégalités de revenus au sérieux

Dans des économies matures comme aux Etats-Unis ou en Europe, le malaise vis-à-vis des inégalités de revenus grandit depuis plus d’une dizaine d’année et, compte tenu des changements imminents issus de la quatrième révolution industrielle (e.g : l’automatisation), il faut s’attendre à ce qu’il s’amplifie. Le malaise gagne la politique, comme en témoigne la popularité grandissante des conservatismes de Donald Trump et de Bernie Sanders aux Etats-Unis et des mouvements populistes en Europe. Le secteur privé a sa part de responsabilité pour assurer la sécurité économique des citoyens dans une ère de bouleversement. En ce sens, les entreprises feraient bien d’accorder plus d’importance aux communautés locales dans lesquelles elles opèrent. En plus de leur traditionnelle contribution à la création d’emplois, ces efforts peuvent prendre diverses formes : par exemple, contribuer activement à l’élaboration de contrats sociaux qui ont du sens aujourd’hui au 21ème siècle, et devenir les porte-paroles de l’équité fiscale et de la lutte contre la discrimination.

Les élections américaines vont jouer un (grand) rôle

2016 est une année d’élection aux Etats-Unis. Aucun autre pays de l’OCDE ne connaît une telle division quand il s’agit de se positionner sur la question du changement climatique. La plupart des actions pour le climat prises lors du second mandat d’Obama, y compris le Clean Power Plan et les engagements pris à Paris, pourraient être renversés sous les ordres d’un nouveau président partisan du consensus climato-septique du Parti Républicain. Et alors que certaines voix s’élèvent parmi le Parti pour un retour à l’engagement sur le climat (souvenons-nous que les Républicains n’ont pas toujours été hostiles aux actions pour le climat et que parmi le secteur privé, traditionnellement à droite, beaucoup demandent une action engagée de la part de l’Etat), elles restent seulement le reflet d’une opinion minoritaire. Le secteur privé devrait donc chercher à se concentrer sur les liens entre science et économie, et faire pression pour un engagement continu, et dépolitisé, du leadership américain sur cette question.

Si 2015 était l’année où le monde de l’entreprise a dit « Oui » au développement durable, 2016 doit être l’année où cet engagement se construit et évolue vers une union forte. 

En 2016, nous continuerons à accompagner nos 250 entreprises membres en renforçant leurs engagements formidables afin de bâtir des entreprises pouvant s'adapter aux changements climatiques et créer une croissance économique inclusive tout en intégrant les engagements fondamentaux du développement durable au sein de la gouvernance, des chaînes d’approvisionnement, et des droits de l’Homme. Nous travaillerons en ce sens à travers des conseils ciblés, des initiatives collaboratives dynamiques et des idées ambitieuses et stimulantes.

BSR a été fondé sur l’idée que l’entreprise, lorsqu’elle donne le meilleur, crée une opportunité unique pour chaque individu de vivre sa vie dans la dignité et la prospérité tout en respectant les limites de notre planète. Et c’est avec hâte et enthousiasme que nous attendons cette nouvelle année pour travailler avec vous et faire de ce postulat, simple mais ambitieux, une réalité.