Environ une calorie sur trois est gaspillée sur le chemin de « l’étable à la table ». Le gaspillage alimentaire se produit à l’étape de la culture, de la récolte et de la transformation des produits, au niveau des distributeurs, dans les restaurants et au sein des foyers. Par conséquent, ce sont des millions de tonnes de nourriture qui sont gaspillés chaque année, dont la majeure partie finit dans les décharges et les incinérateurs. Aux États-Unis, les restes alimentaires représentent plus de 14 pour cent de la composition des déchets municipaux solides. Ces déchets sont emblématiques d’une énorme perte de valeur potentielle.

Toutefois, les entreprises commencent à comprendre les coûts sociaux, environnementaux et économiques du gaspillage alimentaire, et sont conscientes des avantages que représente la réduction des déchets ainsi que leur valorisation. L’innovation, la collaboration et le leadership sont autant de moyens de saisir ces opportunités.

Innovation : le déchet est synonyme d’énergie

De nombreuses innovations voient le jour et permettent de valoriser les déchets alimentaires. À titre d’exemple, certains véhicules peuvent fonctionner à l’huile végétale ou à la graisse, qui sont récupérées auprès des enseignes de restauration rapide. Il existe également une application pour Smartphone nommée FlashFood, qui permet aux restaurants de lancer une alerte permettant à des bénévoles de venir récupérer leurs restes alimentaires afin de les distribuer à ceux qui sont dans le besoin.

À plus grande échelle, la méthanisation, un processus permettant de fractionner les matières biodégradables, permet de produire un biogaz relativement abordable pouvant servir de source d’énergie, de manière similaire au gaz naturel. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une panacée, elle présente une alternative potentiellement séduisante, particulièrement en Europe où les coûts de l’électricité et du gaz ont récemment connu une augmentation drastique. Des chercheurs finnois ont démontré la viabilité des biogaz pour les sites industriels. Les entreprises pourraient distribuer leurs excédents de biogaz aux foyers et aux utilisateurs d’énergie, ou les utiliser pour faire fonctionner leurs véhicules. En ce qui concerne les particuliers, les chaudières à biogaz individuelles sont une source d’énergie qui présente un bon rapport coût-efficacité et pollue moins. Par exemple, en Inde, l’institut de technologie rurale (ARTI) a calculé qu’une chaudière à biogaz d’une valeur de 200 dollars américains est amortie au bout de deux ans, et permet par la même occasion de réduire encore davantage l’empreinte carbone.

De nouvelles solutions de valorisation des aliments vont émerger au fur et à mesure que la pression des coûts obligera les marchés développés à adopter des habitudes de vie durables (cette pression est exercée au Royaume-Uni par l’augmentation de la fiscalité liée à la gestion des ordures ménagères). Les entreprises doivent garder un œil sur ces technologies, dont certaines se situent en bas de la pyramide dans des marchés moins développés.

Collaboration : des solutions bien dimensionnées

Le gaspillage alimentaire est tellement généralisé qu’il exige des solutions impliquant une évolution des comportements des consommateurs, des politiques publiques, ainsi que des mesures incitatrices pour les marchés à l’échelle mondiale. Il est nécessaire de mettre en place des collaborations verticales, au niveau de la chaîne de valeur alimentaire, et horizontales au sein des autres chaines de valeurs. Ces collaborations doivent rassembler des acteurs qui ne travaillent pas habituellement ensemble.

Certaines entreprises participent déjà à de solides initiatives multipartites en Europe et en Amérique du Nord. Par exemple, le projet FUSIONS de l’Union Européenne (UE), institué en 2012, implique plus de 80 groupes de représentants des entreprises, des gouvernements et de la société civile. Il vise à élaborer des stratégies de réduction des déchets alimentaires. La coalition britannique WRAP, issue du secteur privé, a produit le Courtauld Commitment, un « contrat de responsabilité » établi sur une base de volontariat, dans le cadre duquel plus de 50 distributeurs, fabricants et fournisseurs de produits alimentaires se sont mis d’accord pour améliorer l’efficacité d’utilisation des ressources et pour réduire le gaspillage alimentaire. Aux États-Unis, l’Alliance pour la Réduction des Déchets Alimentaires - Food Waste Reduction Alliance (FWRA) — lancée en 2010 pour une période de trois ans par l’Association des Fabricants de produits alimentaires, l’Institut de Marketing alimentaire et l’Association Nationale des Restaurateurs – se concentre sur la mise au point de solutions de gestion des déchets alimentaires générés par les fabricants, les détaillants et les restaurateurs.

À l’avenir, ces initiatives multipartites sont appelées à devenir de plus en plus importantes pour les entreprises, qui devront répondre à leurs obligations réglementaires (l’UE a émis une directive visant à réduire les déchets issus de la biomasse de 35 pour cent par rapport aux volumes de 1995 d’ici à 2020) et qui devront élaborer des « modèles circulaires » permettant d’augmenter la valeur nette par tonne de nourriture.

Leadership : comprendre la complexité

Étant donné la complexité du défi alimentaire mondial, le leadership est nécessaire à tous les niveaux de la société, y compris au niveau des entreprises.

Aujourd’hui, les plus grandes enseignes de distribution alimentaire, telles Ahold, Sainsbury’s et Tesco, parmi tant d’autres, testent de nouvelles stratégies d’élargissement des choix auprès de leurs consommateurs. Ces stratégies incitent les consommateurs à choisir les alternatives écologiques. Grâce à des messages et des recettes diffusés sur les produits, les enseignes de distribution contribuent à la réduction des déchets alimentaires et sensibilisent les consommateurs aux pratiques de réduction des déchets alimentaires.

Cependant, le plus grand défi, du point de vue du leadership, consiste à réduire le gaspillage alimentaire sur l’ensemble de la chaine de valeur, de l’étable à la table. Les entreprises doivent adopter une approche holistique des chaines de valeur alimentaires. Elles doivent comprendre et surmonter les obstacles techniques et culturels qui entravent la réduction des déchets alimentaires. Les consommateurs présents sur les marchés à forte croissance d’Asie et d’Amérique latine ont augmenté le volume d’aliments qu’ils envoient aux déchetteries. Les entreprises qui se fournissent dans ces pays ou qui fournissent ces pays doivent comprendre les défis qui se posent, se concerter avec les partenaires idoines au sein de la société civile et des entreprises afin de faire émerger des solutions et de fournir les ressources nécessaires à leur mise en œuvre.

La fin des déchets, l’émergence de la valeur

Grâce à l’innovation, à la collaboration et au leadership, les entreprises peuvent réduire les gaspillages alimentaires et par là même améliorer leur rentabilité. Les entreprises de nombreuses filières partout dans le monde peuvent s’appuyer sur les modèles prometteurs décrits ici afin de garantir la réduction du gaspillage qui se produit sur le chemin de « l’étable à la table ».

La problématique du gaspillage alimentaire doit également inspirer d’autres filières. Ainsi que  nous l’avons exposé, les entreprises peuvent valoriser leurs déchets en appliquant au moins trois méthodes :

  • Effectuer une veille des nouvelles technologies, particulièrement au sein des marchés moins développés, en bas de la pyramide.
  • Mener ou participer à des collaborations verticales dans leur propre filière et à des collaborations transverses à plusieurs autres filières.
  • Faire tomber les barrières techniques et culturelles qui génèrent le gaspillage alimentaire dans leur filière.