Nous nous sommes entretenus avec Peder Michael Pruzan-Jorgensen, vice-président de BSR pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, pour discuter du changement climatique, du rôle des entreprises et du BSR Spring Forum, qui se tiendra à Paris les 11 et 12 juin prochains.

Parlez-nous du BSR Spring Forum. En quoi cet évènement est-il différent ?

Le Spring Forum a été conçu pour catalyser, dès aujourd’hui, les actions du secteur privé. Nous ressentons parmi les entreprises la forte volonté de transformer les conversations en des mesures tangibles. C’est pourquoi nous créons un espace où il est possible de discuter concrètement de la manière dont les entreprises peuvent agir.

Alors que nous parlons souvent du changement climatique comme une préoccupation qui surgira dans un avenir lointain, le coût de l’inaction est aujourd’hui apparent. Les entreprises font face à des ruptures de leurs chaînes d’approvisionnement en raison de conditions météorologiques extrêmes, les coûts de production augmentent et l’accès aux matières premières devient de plus en plus difficile. De même, les coûts financiers et les opportunités manquées croissent de jour en jour. Par conséquent, le message clé de notre évènement est le suivant : le changement climatique présente des opportunités pour les entreprises souhaitant innover et investir, dans la résilience climatique, le développement de nouveaux produits et services et la transition vers un système économique à faible empreinte carbone.

D’autre part, ce que plusieurs appellent le « moment 2015 » est la toile de fond idéale pour le Forum. Nous nous dirigeons en effet vers un nouvel accord international sur le climat lors des pourparlers de la COP21 qui se tiendra, ce qui n'est pas une coïncidence, à Paris en 2015. La communauté internationale prépare un ensemble d'objectifs de développement durable qui remplaceront en 2015 les objectifs du Millénaire pour le développement.

Le Forum se concentre sur « l’action collective ». Dans quelle mesure cela fera-t-il une différence ?

Une politique de petits pas ne maintiendra pas les augmentations de températures moyennes mondiales à moins de 2°C au-dessus des niveaux pré-industriels, le minimum requis pour éviter un changement climatique catastrophique. Nous avons besoin d’un changement systémique, ce qui nécessite une coopération entre les entreprises, les autorités de réglementation, les organisations de la société civile et bien d’autres. L’action collective est également un moyen efficace de partager les risques de ces changements prévus à l’échelle mondiale.

Notre Forum aidera à développer les efforts qui rendent possible l’action collective. Nous lancerons deux nouvelles initiatives lors de l’événement ; une qui se greffe sur une initiative BSR existante portant sur le futur des carburants et une autre sur les chaînes d’approvisionnement résilientes au climat. Nous souhaitons surtout que les entreprises et les acteurs concernés découvrent certaines initiatives déjà existantes, telle que la Coalition pour le climat et l’air pur, dirigée par l’UNEP, qui vise à réduire les polluants climatiques de courte durée de vie (CCAC). Le Forum introduira aussi une nouvelle initiative collaborative qui a pour but de mobiliser le secteur privé pour faire du lobbying en faveur d’une politique climatique ambitieuse, par l’entremise d’une coalition de réseau d’entreprises. La plupart des actions à mettre en place pour lutter contre le changement climatique existe déjà, mais nous avons besoin que les entreprises s’engagent à les implémenter.

Pourquoi les entreprises doivent-elles donner l’impulsion en matière de lutte contre le changement climatique ?

Les entreprises sont particulièrement bien adaptées pour apporter une réponse face au changement climatique, et ce de deux façons. Premièrement, les entreprises peuvent prendre des mesures immédiates pour réduire leurs propres émissions et rendre leurs activités résilientes au climat. Ce thème sera abordé dans une session portant sur les grands objectifs de réduction des multinationales.

Deuxièmement, les entreprises ont la capacité de permettre aux autres acteurs, qu’ils soient des partenaires économiques, des consommateurs, des bailleurs de fonds ou des gouvernements, de réduire les émissions, de construire la résilience et d’innover par le truchement de leurs produits et services. Nous avons développé un certain nombre de sessions qui nous aiderons à constater ces opportunités. Par exemple, dans la session intitulée Faciliter les modes de vie à faible empreinte carbone, l’UNEP, Marks & Spencer et Futerra expliqueront de quelle façon les entreprises en contact direct avec les consommateurs peuvent encourager leurs clients à adopter des modes de vie à faible empreinte carbone qui, à leur tour, augmenteront la demande de ce type de produits et services.

Plus d’information sur les sessions, les intervenants et le lieu sont disponibles sur le site internet dédié à l’événement: http://paris14.bsr.org/. Suivez aussi la conversation sur Twitter (#BSRParis14).